Projet Castillo

Projet Castillo

Etude exhaustive de l’art et des traces anthropiques de la grotte d’El Castillo

 

Direction : Marc Groenen

 

Co-direction :

- Marie-Christine Groenen

- Federico Bernaldo de Quirós (Universidad de León)

 

Collaborateurs :

- Marie-Paule Delplancke, Gilles Wallaert et Tiriana Segato (Matières et matériaux, ULB)

- Nadine Warzée et Rudy Ercek (LISA, ULB)

- Ludovico Rodríguez Liaño (relevés des motifs gravés)

- Jose Maria Ceballos del Moral (jusqu'en 2006)

 

Site : www.marcgroenen-castillo.be

 

Par son impressionnante séquence stratigraphique, par les centaines de motifs qui ornent ses parois et par les dizaines d’œuvres d’art mobilier mises au jour dans le gisement, la grotte d’El Castillo apparaît comme l’un des sites majeurs du Paléolithique.

Hormis l’étude princeps réalisée par H. Alcalde del Río, H. Breuil et L. Sierra en 1912 et quelques travaux ponctuels, on ne disposait d’aucune monographie pour ce haut lieu de l’art pariétal. Depuis 2003, la grotte est entièrement réétudiée. La cavité est inscrite sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis juillet 2008.

 

Nous avons inventorié à ce jour environ 2.900 motifs peints, dessinés, gravés et sculptés, figuratifs et non figuratifs, comprenant une majorité de tracés complexes (signes), des tracés élémentaires, des figures animales, des plages colorées, des mains négatives, des humains. Dans l’état actuel de nos travaux, il apparaît que tous les espaces de la grotte ont été décorés, jusque dans les recoins les plus difficiles d’accès. En outre, de nombreuses traces archéologiques, restées ignorées jusqu’à présent, émaillent un réseau pourtant transformé par de multiples aménagements depuis sa découverte. Parmi elles, on retiendra particulièrement des empreintes de pied d’enfant, de très nombreux dépôts d’objets tels que des instruments lithiques, des dents, des fragments de concrétion, des roches diverses, ainsi que des traces d’action sur les parois ou au sol (prélèvements d’argile, coups, bris…).

 

Du point de vue de l’utilisation des espaces par l’homme préhistorique, on constate que les espaces les plus décorés sont la Galerie des Disques et le Plafond des Mains. Parmi les animaux (toutes techniques confondues), si l’on excepte les animaux indéterminés, le motif le plus représenté est la biche, suivie par le cheval, le bison et les chèvres. Parmi les animaux peints et dessinés, le bison domine, suivi par le cheval et la chèvre. Parmi les animaux gravés, la biche est largement dominante, suivie de très loin par le cheval.

 

L’un des faits frappants pour les peintures est que la forme suggestive des reliefs a manifestement commandé la facture de la figuration. Tout se passe en fait comme si le tracé peint ou dessiné n’avaient d’autre fonction que d’actualiser l’être déjà présent dans la roche. Le fait est si fréquent que l’on est en droit de se demander si la disposition des motifs n’a pas été commandée par ces particularités pariétales. Si tel est le cas, de nombreuses « formes naturelles » signifiantes pourraient encore sommeiller sur les parois. En outre, l’étude des peintures montre que de nombreuses représentations ont été réactivées partiellement ou totalement, avec le même colorant ou au moyen d’une couleur différente.

 

En ce qui concerne la gravure, il importe de mentionner de nombreuses figures gigognes qui associent bien souvent des animaux appartenant à la même espèce, comme la biche, mais aussi des genres différents, comme le cheval et l’aurochs. Seule la tête est concernée : il n’existe à ce jour aucune figure gigogne d’animaux complets dans la grotte. L’analyse par macrophotograhie et scanner 3D haute définition des motifs gravés a permis de vérifier la multiplicité des procédés et des instruments employés. Même si la technique de l’incision est la plus fréquente, nous avons également mis en évidence l’utilisation d’une gravure profonde qui confine au relief ou encore de la technique du « frottage ». La découverte de l’existence, dans la Salle A, de représentations animales sculptées sur une paroi tapissée d’une couche de sédiments calcités constitue une autre originalité inconnue du site. Ces « sculptures en terre », aujourd’hui assez dégradées, présentent des avant-trains d’herbivores, dont certains détails anatomiques ont été soulignés par des incisions. Enfin, il faut encore signaler la découverte de motifs gravés sur le sol argileux de la partie finale de la cavité à plusieurs centaines de mètres de l’entrée d’origine. Ces figurations rappellent, comme à Niaux par exemple, que les parois n’étaient pas les seules à être décorées. Il est intéressant de constater, ici comme ailleurs, que plusieurs figures gravées ont été lardées d’impacts. De telles traces nous indiquent que les « images » n’étaient pas faites pour durer indéfiniment.

 

En cours d’investigation, il est apparu que la grotte contenait de nombreuses traces de présence humaine, telles que des dépôts d’objets divers, des empreintes de pieds et de mains humains, des bris et prélèvements (spéléothèmes, argile, galets, etc.) et des témoins liés au feu. Ces documents n'avaient jamais été vus et sont donc inédits. Le recensement a débuté avec l’analyse des dépôts. L’approche paléo-ichnologique, l’inventaire des bris et prélèvements ainsi que l’étude des structures liées à la combustion suivront.

 

Les dépôts sont extrêmement diversifiés. Ils sont présents dans l’ensemble du réseau, en paroi et sur les sols épargnés par les aménagements. Nous avons subdivisé les documents en deux catégories : les restes organiques, d’une part, et les restes minéraux, d’autre part. Les restes organiques comprennent, entre autres, des dents, des esquilles ou de gros fragments osseux d'animaux, des parties de bois de cervidé ainsi que des instruments en os. L’une des découvertes importantes est celle d’une côte d’enfant isolée, placée dans une petite niche. Les restes minéraux comptent des spéléothèmes brisés, des fragments de plancher stalagmitique, des plaquettes calcaires, des outils lithiques ou des matières colorantes. Les dizaines de dépôts conservés laissent donc entrevoir l’intensité de la fréquentation ou de l’utilisation de la grotte au cours du Paléolithique.